Cession de portefeuilles clients en expertise comptable : la consolidation rattrape une profession qui a longtemps vécu au gré à gré
France, Belgique, Luxembourg — un marché qui se financiarise à grande vitesse, un phénomène déjà bien connu du courtage d'assurance
Il y a dix ans, céder son cabinet d'expertise comptable — ou une partie de sa clientèle — se réglait encore très largement de confrère à confrère, sur une poignée de mois, autour d'un accord de gré à gré et d'un chèque. En 2026, ce même geste s'inscrit désormais dans un marché structuré, financiarisé, disputé par des consolidateurs et des fonds d'investissement. La profession comptable est en train de vivre, avec une dizaine d'années de décalage, exactement ce que le courtage d'assurance a connu : une vague de concentration portée par la démographie des dirigeants, la digitalisation des métiers et, désormais, l'intelligence artificielle.
Une profession qui se recompose, chiffres à l'appui
France : un marché « exceptionnellement actif »
La France compte aujourd'hui environ 21 600 experts-comptables inscrits à l'Ordre, répartis dans un peu plus de 19 000 sociétés d'expertise comptable, un socle en croissance régulière depuis dix ans. Mais la structure du marché reste très atomisée : la majorité des cabinets comptent moins de dix associés, et près d'un tiers des dirigeants approche l'âge de la transmission dans la décennie à venir.
C'est ce mur démographique, combiné à la pression réglementaire (facturation électronique, obligations de conformité croissantes) et à la montée des outils numériques, qui a ouvert la porte aux consolidateurs. Le marché du capital-transmission dans le secteur a été multiplié par dix en deux ans en Europe : environ 200 opérations recensées en 2024, contre moins de 20 en 2022. Des groupes comme In Extenso (650 millions d'euros de chiffre d'affaires visés en 2025, plus de 7 000 collaborateurs), Archipel (65 millions d'euros levés auprès d'Eurazeo, six cabinets intégrés depuis 2025, négociations engagées avec Naxicap Partners fin 2025 pour doubler de taille), ou encore Cogest, Exco, Fiducial et Cerfrance rachètent activement.
Sur le plan des prix, une étude Interfimo portant sur 240 transactions financées entre 2022 et 2023 situe le prix moyen de cession à 87 % du chiffre d'affaires hors taxes. Les méthodes de valorisation se sont elles aussi professionnalisées : le marché raisonne désormais en multiple d'EBE retraité plutôt qu'en pourcentage de CA, avec des fourchettes de 5 à 10 fois l'EBE selon la taille, la récurrence et la qualité du portefeuille — et jusqu'à 7-10x pour les dossiers les plus recherchés.
Belgique : une atomisation qui commence tout juste à se résorber
Le marché belge affiche une structure comparable, en plus petit : environ 3 700 cabinets actifs, dont près des trois quarts emploient moins de cinq personnes. La pénurie de talents y touche la quasi-totalité des structures, et près d'un cabinet sur deux a d'ores et déjà engagé une réflexion sur son modèle organisationnel. Rien n'interdit juridiquement la consolidation, à condition que la majorité de l'organe d'administration reste composée de membres inscrits au registre professionnel — un garde-fou qui n'empêche ni la concurrence tarifaire ni les rachats progressifs par des plateformes mieux financées.
Luxembourg : un marché encore fragmenté, mais que les investisseurs regardent de près
Le Grand-Duché compte plus d'un millier de cabinets d'expertise comptable, dont environ 500 experts-comptables supervisés par l'Ordre (OEC), et près de 465 groupes enregistrés employant environ 13 800 personnes — dont 70 % de la main-d'œuvre concentrée chez les quatre plus grands cabinets. Là aussi, la fragmentation est la norme, mais l'intérêt des investisseurs s'accroît nettement : consolidateurs locaux, acteurs internationaux de private equity, cabinets étrangers et prestataires de services fiduciaires commencent à regarder un secteur resté à l'écart des grandes vagues de M&A qui ont déjà transformé les métiers réglementés voisins (sociétés de gestion, administration de fonds). Les mêmes causes qu'ailleurs sont à l'œuvre : coûts technologiques croissants pour les petites structures, exigences de conformité, et surtout absence de solution de succession pour des dirigeants proches de la retraite.
Le moteur commun : digitalisation, automatisation, et maintenant l'IA
Ce qui accélère la concentration dans les trois pays, c'est la même dynamique : la technologie a fait exploser la productivité des cabinets équipés, et laisse les autres décrocher. Plus de 70 % des experts-comptables déclarent déjà utiliser au moins un outil d'IA, et cette proportion continue de progresser. Les gains mesurés sont concrets : accélération moyenne de 30 % des clôtures mensuelles pour les équipes outillées, et jusqu'à 25 % de croissance du chiffre d'affaires conseil pour les cabinets ayant structuré leur offre autour de l'automatisation. Dans le même temps, la pénurie de collaborateurs — plusieurs dizaines de milliers de postes non pourvus selon les observatoires professionnels — pousse les structures les moins équipées vers la sortie, faute de pouvoir suivre.
L'entrée en application progressive de l'AI Act européen, avec ses obligations de formation, de traçabilité et de documentation pour les usages à risque, ajoute une couche de complexité supplémentaire que les petites structures peinent à absorber seules. Résultat : la rareté ne porte plus sur la compétence comptable elle-même, mais sur la capacité à investir dans la distribution, la donnée et les outils — un terrain sur lequel les groupes consolidés ont une longueur d'avance mécanique sur les cabinets indépendants.
Un scénario déjà écrit : celui du courtage d'assurance
Rien de tout cela ne surprendra les professionnels du courtage d'assurance. Le secteur a vécu, avec une décennie d'avance, la même trajectoire : digitalisation des process de gestion, automatisation de la souscription, démographie vieillissante des courtiers indépendants, et depuis peu l'IA qui vient encore accélérer la bascule vers des plateformes plus intégrées. Le marché du courtage s'est lui aussi fortement concentré, porté par des groupes de courtage et des fonds qui structurent des rachats de portefeuilles à grande échelle.
Et le parallèle va plus loin : dans le courtage comme dans l'expertise comptable, ce sont les transactions de taille moyenne et significative qui bénéficient d'un cadre structuré — cabinets de M&A spécialisés, méthodologies de valorisation éprouvées, due diligence organisée. Les petites cessions et les cessions partielles de portefeuille, elles, restent très largement livrées au gré à gré : sans mise en concurrence, sans cadre de sécurisation des paiements, sans processus de signature structuré, souvent sur la seule base d'une relation de confrère à confrère.
Le trou dans la raquette : les petites cessions et les cessions partielles
C'est précisément ce vide qu'assurdeal a comblé dans le courtage d'assurance depuis quinze ans : donner aux petits portefeuilles et aux cessions partielles un cadre de marché — mise en relation entre cédants et repreneurs qualifiés, séquestre des fonds, signature électronique, traçabilité de bout en bout — qui n'existait auparavant que pour les grosses opérations.
Kinkoza applique aujourd'hui la même logique à l'échelle de plusieurs professions réglementées et certifiées, en commençant par l'expertise comptable. Plutôt que de laisser les cessions de petite taille ou les transferts partiels de clientèle se négocier sans filet — souvent dans l'urgence d'un départ à la retraite ou d'une opportunité mal préparée — la plateforme met à disposition de la profession un cadre transactionnel structuré : mise en relation vérifiée entre cédants et repreneurs, séquestre des fonds via Trustap, et un parcours de transaction pensé pour sécuriser aussi bien le petit cabinet indépendant que le repreneur individuel.
L'objectif n'est pas de concurrencer les cabinets de M&A qui accompagnent déjà très bien les opérations significatives, mais de donner enfin un cadre à ce qui, jusqu'ici, n'en avait pas : la cession du petit cabinet, la vente d'une clientèle partielle, le repreneur qui découvre le marché sans réseau ni accompagnement. C'est exactement le segment où assurdeal a fait ses preuves en courtage d'assurance — et c'est celui que Kinkoza vient structurer pour l'expertise comptable, avant d'étendre le même modèle à d'autres professions certifiées à travers l'Europe.
Sources : Ordre des Experts-Comptables (France, Belgique, Luxembourg), Interfimo (2024), Deal Makr, Basel Advisory, TEO Advisory, ComptaPerspectives, Paperjam, Hayot Expertise, OMECA, CPA.com, Sage (2025).
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